Environ 10 000 propriétaires français de Saab doivent financer eux-mêmes le remplacement de leurs airbags Takata défectueux. Faute d’entité juridique pour organiser un rappel, ils doivent faire les frais d’un danger qu’ils n’ont pas causé.

Alors qu’on connaît le risque depuis 2013, des constructeurs installaient encore des airbags Takata sur leurs modèles jusqu’en 2017. On le sait depuis toutes ces années, avec le temps, le propulseur de ces coussins gonflables, le nitrate d’ammonium, se dégrade, et l’airbag peut exploser lors d’un choc, avec un risque de projection de fragments métalliques.
En France, environ 10 000 propriétaires de Saab possèdent un véhicule concerné par ce rappel, principalement des modèles 9-3 et 9-5 mis en circulation entre 2005 et 2011. Le ministère des Transports a alerté ces propriétaires par courrier individuel en juin 2026, après une première publication sur son site dès l’été 2025. Mais sans entreprise responsable pour financer un rappel classique, chaque propriétaire doit désormais prendre entièrement en charge le coût de sa réparation.
Saab n’existe plus, personne n’organise le rappel officiel
Notre confrère Le Parisien rapporte le témoignage de Guillaume, qui a récemment reçu ce courrier du ministère des Transports. Il y apprenait la présence d’un airbag Takata défectueux dans sa Saab 9-5 de 2007, achetée d’occasion en 2025. Fonctionnaire de 40 ans dans l’administration centrale, il trouve que ce délai est anormal, car le scandale des airbags Takata remonte à plus de dix ans. Ni le constructeur ni aucun professionnel du secteur automobile ne l’avait prévenu auparavant, alors que le contrôle technique de son véhicule a eu lieu en décembre 2025, et n’a pas mentionné le problème.
Le constructeur suédois a connu des difficultés financières répétées dans les années 1980, avant une reprise progressive par General Motors, actionnaire à 50 % dès 1990 puis unique propriétaire en janvier 2000. Revendue en février 2010 au néerlandais Spyker Cars, la marque suédoise n'a plus, depuis, d’entité capable d’organiser un rappel en France. Le risque n'a pourtant rien de théorique. En effet, le pays compte, à ce jour, 47 accidents liés à des éclatements d’airbags Takata, pour un total de 21 morts, dont trois en métropole. L’autorité de surveillance du marché des véhicules recommande aux propriétaires de Saab de ne plus utiliser leur véhicule avant le remplacement de l’airbag.

General Motors répare les Saab américaines, pas les françaises
Pour remplacer son airbag, Guillaume s’est tourné vers Hedin Parts, spécialiste de pièces détachées sollicité par le ministère des Transports pour développer une solution via un réseau de garages agréés. L’atelier le plus proche de son domicile, situé à deux heures de route, lui a remis un devis de 475 euros. « Je ne comprends pas pourquoi les propriétaires devraient payer », déplore-t-il.
Aux États-Unis, General Motors organise une campagne de rappel gratuite pour les Saab équipées d’airbags Takata, via une plateforme dédiée, alors qu’en France, seules les Cadillac et les Chevrolet bénéficient de cette prise en charge. Contacté par l’UFC-Que Choisir, à l’origine de cette information, le repreneur néerlandais Spyker Cars est resté muet.
Sollicité à son tour, le Service de surveillance du marché des véhicules et des moteurs (SSMVM), le gendarme français des constructeurs, confirme avoir examiné les obligations juridiques de General Motors dès les premiers signalements. Contrairement à la situation américaine, dans laquelle GM avait le statut d’importateur pour les Saab, le groupe n’a exercé aucune responsabilité concernant ces véhicules dans l’Union européenne, selon les conclusions de cet examen. Un réparateur spécialisé dans la marque suédoise affirme que General Motors agissait seulement comme prestataire de service pour Saab à l’époque, une explication qui ne change rien à la facture réclamée aux propriétaires, même si Hedin Parts a négocié ce tarif au niveau le plus bas possible.
Source : Le Parisien (accès payant)